Pour qu’Il règne en nos vies

par | 26 Nov 2023 | Croire | 1 commentaire

Un chrétien adhère au Christ, c'est là sa vocation. Il soumet à Jésus l'entièreté de sa vie. Mais est-ce possible de nos jours ? Le Père Sylvain Detoc, dominicain, prodigue ses conseils pour que nos vies d'hommes fassent hommage à Jésus. Avec quelques anecdotes historiques…

Le Christ Roi ? Tout un imaginaire : encens et flamberges, grandes orgues et trompettes ! Cette fête solennelle n’a été instituée qu’en 1925, à une époque où la sécularisation de l’Occident a amené l’Église à rappeler à l’homme moderne qu’il n’est pas le maître du monde. Mais, pour récente qu’elle soit, cette fête fait vibrer les harmoniques des chansons de geste et des romans de chevalerie médiévaux. Un côté Tolkien assez grisant ! C’est l’occasion, messieurs, de prendre davantage conscience de la noblesse de notre condition humaine et de notre vocation à la gloire. Haut les cœurs !

« Venez, adorons-le ! »

Les codes de la chevalerie, du reste, ne sont pas loin de nos coutumes liturgiques. La génuflexion, à l’église, dérive des usages de la cour. Devant le seigneur des lieux, au Moyen Âge, on plie le genou. Combien plus devant Celui que la Bible appelle le « Seigneur des seigneurs » et le « roi des rois » !

Soumettre sa vie à Dieu n’est pas qu’une affaire d’agenouillements, bien sûr. Mais nous ne sommes pas de purs esprits. Notre adoration s’exprime à travers des gestes. Qu’ils soient donc parlants : devant le Saint-Sacrement – à l’autel, au tabernacle, ou exposé dans l’ostensoir, on pose à terre le genou, et le genou droit, s’il vous plaît ; le gauche, c’était pour honorer les grands de ce monde à la cour ! Pour enseigner aux enfants l’art de la prière, rien n’est plus éloquent que de voir papa à genoux, à l’église ou devant le « coin prière » à la maison. Inutile de torturer vos articulations. Quelques secondes suffisent. Et si vraiment ce geste est trop difficile, on peut toujours reprendre l’attitude traditionnelle des moines, la profunda (ou inclination profonde) !

Et la galanterie, alors ?

Dans les romans de Chrétien de Troyes (XIIe siècle), les chevaliers font chastement la cour à leur « Dame ». De là l’habitude d’appeler la Vierge Marie « Notre Dame ». Au Moyen Âge, par ailleurs, on offre volontiers des roses à « la Dame ». C’est l’origine des « rosaires » (ou couronnes de roses) et encore des « chapelets » (ou « petits chapeaux » en ancien français) dont on coiffe les statues de la Vierge, chaque rose représentant une prière. Plus viril qu’il y paraît, le Rosaire ! La méditation du chapelet nous offre même un excellent moyen pour soumettre au Christ et à sa Mère chaque aspect de notre vie. Nous inscrivons ainsi notre enfance et nos joies dans celles de Jésus, nos activités quotidiennes dans le sillage de sa vie publique, nos peines dans le creuset de sa Passion, nos appétits de réussite dans la gloire de sa Résurrection.

De la Reine du Ciel à la gente féminine, enfin, il n’y a qu’un pas. Un homme ne soumet pas sa vie au Créateur sans apprendre à respecter les femmes, joyaux de sa Création. Bref, sans éduquer patiemment son corps et son affectivité à la générosité et au don de soi, qu’on soit célibataire, consacré ou marié. Il est parfois coûteux, ce combat ; mais… noblesse oblige !

Droits et devoirs d’un enfant de roi

Notre amour doit se déployer dans d’autres directions encore. L’identité royale d’enfant de Dieu qui nous est conférée par notre baptême va de pair avec les devoirs que Jésus nous indique dans l’évangile choisi par l’Église pour la messe du Christ Roi cette année (2023) : la parabole des brebis et des boucs (Matthieu 25, 31-46). Nourrir les affamés, accueillir les étrangers, vêtir les indigents, visiter les malades et les prisonniers : ce sont ces œuvres de miséricorde qui vérifient concrètement notre soumission au Christ. « Nous serons jugés sur l’amour », enseignait saint Jean de la Croix. Or l’amour ne se paie pas de mots. Et puis, des faims, des soifs, des nudités, des solitudes et des enfermements, il y en a tellement, en tout lieu, et en tout genre…

Jésus n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (cf. Mt 20, 28). Exercer sa royauté, pour lui, c’est sauver. Nous ne pouvons pas prétendre lui soumettre notre vie si nous ne sommes pas prêts à prendre notre part de ce service. En couple, en famille, au travail, en paroisse, partout dans la cité, trouver les mots, les attitudes, les gestes qui soulagent et qui sauvent. Aussi, quand nous plions le genou devant le Christ, rappelons-nous que c’est lui qui s’est agenouillé le premier devant ses disciples pour leur laver les pieds. Il n’y a pas de plus grande souveraineté que celle de l’amour qui élève et fait grandir. C’est exigeant, d’être un enfant de roi !

Père Sylvain Detoc

Partagez l'article
Sylvain Detoc
Né à Rennes en 1979, Sylvain Detoc est entré chez les dominicains, à Marseille, en 2008. Docteur en littérature et en théologie, il a été ordonné prêtre, à Toulouse, en 2015. Le Père Sylvain Detoc enseigne la patristique à l’Institut catholique de Toulouse. Il est l’auteur de l’ouvrage très remarqué "La Gloire des bons à rien", aux Éditions du Cerf (septembre 2022) et, plus récemment, du livre "Déjà brillent les lumières de la fête" paru chez le même éditeur en octobre 2023.

Soutenez notre aventure !

Pour rester libre et indépendant, et pour financer le travail de chaque auteur, nous vous proposons de faire un micro-don à ce dernier. Merci pour votre pourboire !

Vous aimerez aussi…

Juin 12 2026

L’homme chrétien face à la femme : émerveillement ou alliance ?

On admire des femmes fortes et on reste à distance. C’est confortable. Et c’est une faute. L’enjeu n’est pas de reconnaître leur force, mais de sortir de l’admiration stérile qui...
Juin 05 2026

Pudeur, tendresse et maternité : êtes-vous à la hauteur ?

Une femme ne s’ouvre pas devant un spectateur. Elle se déploie devant un homme capable de porter, de durer, et d’agir quand personne ne le voit. La question est simple :...
Mai 29 2026

Pourquoi Marie peut faire de vous un homme ?

On parle de Marie comme d’un appui discret. On évite de voir ce qu’elle engage réellement. Elle ne complète pas l’œuvre du Christ, elle y entre, librement, jusqu’au bout. Là où...
Mai 26 2026

Saint Jean-Baptiste de La Salle : le hérault français d’une école pour les pauvres.

De l’argent, une famille respectée, une place de chanoine confortable … Puis une rencontre qui ouvre une vocation d’enseignant chrétien et de fondateur d’écoles pour les...
Mai 22 2026

De Sara à Judith : ce que la Bible dit du rôle de la femme.

On lit l’Écriture en suivant les hommes, en oubliant ce qui décide réellement du cours des choses. Or, à chaque moment où la promesse vacille, une femme intervient et rend...
Mai 15 2026

Marie, refuge des égarés… Vraiment ?

Si la Vierge Marie est un « refuge pour les pécheurs », saint Joseph, n’a pas fuit ses prérogatives d’époux et de père. Quand certains hommes trouvent en leur femme un refuge,...
Mai 01 2026

La liberté de la femme exige-t-elle que l’homme s’efface ?

Et si la liberté n’était qu’un prétexte ? On parle d’autonomie, d’indépendance, d’espace. Mais derrière ces mots, une réalité plus simple : ne pas se lier, ne pas répondre. La...
Avr 24 2026

Pour que la femme ne serve pas d’alibi à l’homme.

Et si la femme fatale – celle qui fait chuter l’homme – n’existait pas ? Et si l’homme commençait à se responsabiliser en gouvernant son regard ? Et si ce qu’il redoutait, il le...
Avr 17 2026

Vincent de Paul, le géant français de la charité.

Les derniers rois de France eurent à cœur de s’attaquer à la pauvreté en s’appuyant sur des hommes du peuple. Parmi eux, saint Vincent de Paul fut particulièrement appelé par...
Avr 10 2026

« Ève a été blessée. Il est temps qu’Adam se réveille. »

Et si le problème n’était pas Ève… mais vous ? Depuis toujours, on accuse la femme, la séduction, la fragilité. C’est commode. Cela évite une question plus dérangeante :...
Avr 03 2026

Le principe et la fin de toute virilité : la charité.

Après tout ce qui a été posé dans toutes les chroniques passées, il reste une question que rien ne remplace. On peut être solide, constant, respecté — et passer à côté de la...
Mar 31 2026

Foi militante : peut-on s’inspirer de la Ligue catholique du XVIe siècle, aujourd’hui ?

Portée par la noblesse française à la fin du XVIe siècle, la Ligue catholique s’est développée dans le peuple, notamment à travers la prédication des ordres mendiants. Fer de...
Mar 27 2026

La force de l’engagement

Dans la famille, dans le travail, dans la durée, l’homme se révèle à la solidité de sa parole. La question est simple : êtes-vous un homme d’intention, ou un homme d’engagement ?...
Mar 25 2026

Saviez-vous que nos armées ont des saints patrons ?

Proclamée « patronne secondaire de la France » par le pape Pie XI en 1922, qui sait que Jeanne d’Arc est aussi la patronne du personnel féminin de l’Armée de terre ? Petit aperçu...
Mar 20 2026

L’homme face au monde moderne

Un monde qui ne sait plus ce qu’est un père finit par ne plus savoir ce qu’est un homme. Lorsque l’autorité devient suspecte, que la vérité se négocie et que l’identité se...

Commentaires

1 Commentaire

  1. Avatar

    Merci pour ce bel article !

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *