Israël-Hamas : la seule question à se poser.

par | 19 Oct 2023 | Comprendre | 1 commentaire

[EDITO] Pour comprendre le drame qui se joue en Terre sainte, il faut questionner le sujet. Et poser le cadre du débat de façon équilibrée, quitte à froisser.

Une fois de plus, une fois encore, la terre où naquit, où vécut, où mourut et ressuscita Jésus – la Terre sainte – est à feu et à sang. La raison immédiate ? L’attaque surprise et mortelle du Hamas du samedi 7 octobre sur le territoire d’Israël qui provoqua une hécatombe de victimes apparemment jusque-là inédite côté israélien. Certains commentateurs y ont même vu un « 11 septembre » israélien en référence aux attaques des kamikazes de l’air islamistes contre les Twins Towers (New York) et le Pentagone américain (Washington) en 2001.

Alors qu’Israël a mis sa machine de guerre en marche pour écraser le Hamas à l’origine du sévère « coup de couteau » que celui-ci lui a enfoncé dans les flancs, on ne peut rester indifférent à ce qui se trame sur place. D’une part pour des questions d’humanité élémentaire. D’autre part parce que cette terre où se joue le drame de la haine viscérale de deux peuples mêlés (ou à côté l’un de l’autre) nous regarde, nous Européens et occidentaux, qui plus est Français, qui sommes de près ou de loin, responsables de l’épidémie de haine dans cette terre sacrée, soit que nous ayons favorisé ou accompagné l’implantation d’un foyer juif sur place, soit que nous ayons toujours fermé les yeux ou pratiqué la politique de l’autruche vis-à-vis des excès, voire des crimes israéliens (car il y en a).

Il n’y a dans ce qui précède aucune volonté subversive à l’égard des Israéliens d’autant que leurs victimes et leurs blessés ne peuvent que susciter notre compassion. Mais il y a dans cet édito juste l’envie de poser les bonnes questions pour, très, très modestement, apporter une petite pierre de touche dans le déluge des commentaires sur les évènements dramatiques qui se jouent en ce moment.

Car enfin que veut-on ? Hurler avec les loups ? Rester muets comme une carpe ? Continuer de rester les spectateurs passifs et impuissants d’un drame séculaire qui pourrit et déstabilise la tectonique des plaques géopolitiques. Et par là-même menace la paix du monde ?

Posons-nous les bonnes questions. Et d’abord LA question, la seule importante ici : où est la justice ? Où est l’équilibre ?

Pour ne pas hurler ni rester muet, prenons de la hauteur et posons-nous les bonnes questions.

Et d’abord LA question, la seule d’ailleurs que nous formulerons ici et qui est tellement fondamentale qu’elle englobe tant le domaine politique que religieux et qu’elle rejoint chaque destinée humaine et pas seulement nationale :

Où est la justice ? Où est l’équilibre (puisque là, au fond, se retrouve le fondement de toute justice comme l’illustre le symbole de la balance cher à tout juriste et à tout juge) ?

Où sont les terroristes, ceux qui littéralement sèment la terreur et ne croient qu’à la force des armes et de la violence ? Ne sont-ils que du côté du Hamas ? Israël n’a-t-il pas employé la terreur à certains moments depuis que les juifs se sont réimplantés dans cette région du monde ? Pour un mort israélien, combien de morts palestiniens ?

La loi du talion (« œil pour œil, dent pour dent »), ancrée dans l’histoire d’Israël au sens biblique comme au sens temporel, est-elle juste alors qu’un Juif, Jésus, a appris à ses frères de race et à tout homme, que le sommet de la paix est le pardon et que, Jésus ayant signé de son sang cela, l’ère du talion ne fut plus, dans l’ère chrétienne qui est encore la nôtre (si j’en crois mon calendrier) et au moins dans les pays de confession chrétienne, la panacée pour résoudre les litiges aussi conflictuels fussent-ils ? Une justice plus haute, plus fine, plus pure que celle de la loi du talion n’existe-t-elle pas ?

Où est la Justice ? Question simple et ardue à la fois tant les intérêts et les passions peuvent se mêler à la réponse.

Renversons donc la question : où est l’injustice ?

Du côté du peuple palestinien enfermé dans la « prison à ciel ouvert » qu’est la bande de Gaza et qui n’a d’autre horizon que celui de vivre comme des « animaux humains » selon l’expression employée par le ministre de la Défense israélien, Yoav Gallant, quelques heures après l’attentat du Hamas ? Ou l’injustice est-elle du côté israélien, souverain sur son territoire et bardé d’armes de haute technologie ? Rappelons juste que c’est Israël qui détient en grande partie les clefs pour que les Gazaouis aient accès aux ressources essentielles (eau, nourriture, électricité et médicaments, etc.) et ce, depuis plusieurs années.

Pour ne pas être plus long (car il faudrait des pages et des pages pour balayer le sujet), rappelons-nous cette formule de bon sens écrite au XIXe siècle par l’historien et juriste français François-Auguste Mignet : « Il faut condamner celui qui fait la guerre mais il faut encore plus condamner celui qui a rendu la guerre inévitable. »

Qui donc a rendu la guerre inévitable ? Ou qu’est-ce qui a rendu la guerre inévitable ?

En répondant à cette question, nous aurons le moyen d’amorcer la paix. D’engager un « processus de paix », dirions-nous en langage politique.

Mais il faudra de la force et de l’humilité. Des deux côtés. Mais surtout du côté des puissances occidentales qui, seules, peuvent conduire le dialogue dans ce Proche-Orient où les murs et la surdité ne sont pas près de tomber sans une volonté extérieure. Qui aura ce courage-là ?

PS pour éviter tout malentendu. Cet édito ne justifie ni ne cautionne l’attentat terroriste du Hamas du 7 octobre : s’en prendre à des civils sera toujours un acte barbare. Mais sur cette question israélo-palestinienne, il faut revenir à un point d’équilibre, de justice. C’était-là le questionnement de cet édito.

Joseph Vallançon

Partagez l'article
Joseph Vallançon
Journaliste depuis une dizaine d'années, Joseph Vallançon est l'animateur et le directeur de LOUIS qu'il a lancé en pensant à tous ses pairs, pères ou pas pères, et pas toujours pépères face au tsunami de la déconstruction anthropologique. Le but ? Former et informer en donnant toujours des repères. Plus d'infos dans la rubrique "A propos".

Soutenez notre aventure !

Pour rester libre et indépendant, et pour financer le travail de chaque auteur, nous vous proposons de faire un micro-don à ce dernier. Merci pour votre pourboire !

Vous aimerez aussi…

Avr 24 2026

Pour que la femme ne serve pas d’alibi à l’homme.

Et si la femme fatale – celle qui fait chuter l’homme – n’existait pas ? Et si l’homme commençait à se responsabiliser en gouvernant son regard ? Et si ce qu’il redoutait, il le...
Avr 17 2026

Vincent de Paul, le géant français de la charité.

Les derniers rois de France eurent à cœur de s’attaquer à la pauvreté en s’appuyant sur des hommes du peuple. Parmi eux, saint Vincent de Paul fut particulièrement appelé par...
Avr 10 2026

« Ève a été blessée. Il est temps qu’Adam se réveille. »

Et si le problème n’était pas Ève… mais vous ? Depuis toujours, on accuse la femme, la séduction, la fragilité. C’est commode. Cela évite une question plus dérangeante :...
Avr 03 2026

Le principe et la fin de toute virilité : la charité.

Après tout ce qui a été posé dans toutes les chroniques passées, il reste une question que rien ne remplace. On peut être solide, constant, respecté — et passer à côté de la...
Mar 31 2026

Foi militante : peut-on s’inspirer de la Ligue catholique du XVIe siècle, aujourd’hui ?

Portée par la noblesse française à la fin du XVIe siècle, la Ligue catholique s’est développée dans le peuple, notamment à travers la prédication des ordres mendiants. Fer de...
Mar 27 2026

La force de l’engagement

Dans la famille, dans le travail, dans la durée, l’homme se révèle à la solidité de sa parole. La question est simple : êtes-vous un homme d’intention, ou un homme d’engagement ?...
Mar 25 2026

Saviez-vous que nos armées ont des saints patrons ?

Proclamée « patronne secondaire de la France » par le pape Pie XI en 1922, qui sait que Jeanne d’Arc est aussi la patronne du personnel féminin de l’Armée de terre ? Petit aperçu...
Mar 20 2026

L’homme face au monde moderne

Un monde qui ne sait plus ce qu’est un père finit par ne plus savoir ce qu’est un homme. Lorsque l’autorité devient suspecte, que la vérité se négocie et que l’identité se...
Mar 13 2026

Devenir un homme complet

Trente-deux semaines de marche. Autorité, maîtrise de soi, engagement, prière : les pierres ont été posées. Reste la question centrale : tiennent-elles ensemble ? Ce texte marque...
Mar 06 2026

L’homme face au mystère

Dieu ne s’impose pas à l’homme. Il s’approche, Il attend, Il frappe à une porte intérieure que nul autre que l’homme ne peut ouvrir. C’est là que se joue le secret de toute vie...
Fév 27 2026

L’homme face à l’épreuve

Il est des heures où l’homme se découvre sans défense, dépouillé de ce qui faisait sa force et son assurance. La souffrance s’impose alors sans détour, et la Croix cesse d’être...
Fév 25 2026

Entreprises : le fantasme des dirigeants qui se prennent pour des chefs de guerre.

Depuis quelque temps, les chefs d’entreprise s’entichent de l’uniforme. Ils rêvent de briefings tactiques et de troupes à mobiliser. Et si le leadership s’incarnait autrement que...
Fév 20 2026

L’homme face à la création

Il existe des lieux où Dieu ne se nomme pas, mais où Sa trace demeure sensible. Un champ à l’aube, une bête immobile, une matière qui résiste sous la main rappellent à l’homme...
Fév 17 2026

Les fidélités du roi saint Louis.

Saint Louis est connu pour son règne de justice, sa « guerre sainte » et son chêne emblématique. Et pourtant, n’est-ce pas à travers sa vie de fils (de Blanche de Castille),...
Fév 13 2026

Le rôle du travail dans l’épanouissement masculin

On parle ici de travail, de sueur et de salut — rien de très vendeur, à première vue. Pourtant, l’établi, le bureau, la cuisine familiale recèlent plus de théologie qu’on ne...

Commentaires

1 Commentaire

  1. Avatar

    J’étais d’accord avec le fond de cet édito « cherchons le juste » quand il est paru. Je le suis encore plus à ce jour (20 novembre). Nous avons tous une responsabilité en tant que parties prenantes de l’opinion publique (nationale et internationale) qui doit peser pour stopper le traitement inhumain (= comme du bétail parqué) infligé à un peuple dont les enfants vont rêver de venger leurs parents victimes de la réplique brutale quoique rationalisée d’Israël à l’odieux attentat du 7 octobre.

    La loi du plus fort, c’est parfait pour les animaux, pour les humains, ça ne marche pas. Après Beghin et Sadate, quand se lèveront de nouveaux prophètes de paix en Terre sainte ?

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *