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Cet enregistrement est proposé par Paul de Launoy, comédien, auteur, metteur en scène et formateur. Père de six enfants, Paul de Launoy a suivi sa formation dramatique au Cours René Simon (Paris). Avec la compagnie ARGILIS qu’il a créée en 2018, avec Frédéric Hamaide, il travaille régulièrement sur des projets pour le théâtre. Il enseigne depuis quelques années à l’ICES (Vendée) et à l’EM-Normandie (Dublin).

Mes chers amis,
Il est, dans la vie de chaque homme, un moment où le sol se dérobe, où les repères se troublent, où le vent souffle plus âprement qu’à l’ordinaire, et où l’âme se trouve exposée, sans détour, à l’énigme du mal. Ce n’est plus alors la vigueur du corps, ni la vivacité de l’esprit, ni l’assurance des convictions qui importent, mais la manière dont l’homme affronte l’épreuve lorsqu’il ne peut plus l’éviter.
La souffrance entre dans nos existences comme une visite non désirée, mais inévitable : un deuil, une maladie, une solitude qui s’installe, un combat intérieur, une rupture qui laisse des traces durables, une charge que l’on n’a pas choisie. Et c’est là que surgit la question que nul ne peut esquiver : pourquoi Dieu permet-il cela ? Pourquoi cette épreuve, ici et maintenant ? Pourquoi cette brûlure, cette froideur, ce silence ?
Il faut pourtant le dire avec rigueur et sans précipitation : la souffrance n’est pas voulue par Dieu. Elle ne procède pas de Lui. Elle n’est ni Son dessein ni Son langage. Elle est entrée dans le monde par la désobéissance des origines, comme une fracture infligée à l’ordre créé. Le démon l’a introduite. L’homme l’a laissée s’étendre. Et Dieu, plutôt que de l’abolir par un acte de puissance, a choisi de s’y engager. Non pour l’exalter, mais pour la retourner comme on retourne une terre lourde, afin d’y faire naître un fruit inattendu : la rédemption.
Car la souffrance, lorsqu’elle est portée et offerte par le Christ, cesse d’être stérile. Elle devient offrande unie à l’agonie du Sauveur. Le Calvaire n’est pas une idée ni une image commode : c’est un lieu précis, du bois grossier, du sang versé, un corps brisé qui affirme : « Je t’aime. » Et à partir de là, aucune épreuve humaine n’est isolée. L’orgueil s’y trouve dépouillé, et l’homme est reconduit à la vérité de ce qu’il est.
Le mystère de la communion des saints
Celui qui souffre, s’il s’unit au Christ souffrant, entre dans le mystère de la communion des saints. Il ne se contente plus d’endurer : il offre. Il remet ce qui l’éprouve entre les mains transpercées de Celui qui seul peut en tirer du fruit. Dans le silence, il devient serviteur d’un combat qui le dépasse, associé à l’œuvre du salut.
La souffrance n’est ni une sanction, ni une absurdité qu’il faudrait dissimuler, ni un accident à effacer. Elle est, sous le regard de Dieu, une matière rude qui peut être offerte. Elle ne trouve pas son sens en elle-même, mais dans ce qu’elle permet de don et d’union. Là se tient la singularité de la foi chrétienne : nous ne confessons pas un Dieu éloigné de la douleur, mais un Dieu qui l’a portée jusqu’à son terme. « Je suis le chemin, la vérité et la vie. »
C’est pourquoi le combat de notre époque est si grave. Notre monde, qui ne tolère ni la faiblesse ni la dépendance, veut faire disparaître la souffrance. Non par miséricorde véritable, mais par refus de ce qui échappe à la maîtrise. Il ne cherche plus à accompagner, mais à supprimer. De cette volonté froide est né ce que l’on présente comme un progrès : l’euthanasie, dans la continuité d’une culture qui élimine ce qui dérange.
Il faut le dire sans détour : l’euthanasie est une faute grave. Ce n’est pas un acte de tendresse, mais une rupture. Ce n’est pas une aide, mais une dépossession. Elle retire à Dieu l’heure qu’Il a réservée. Elle prive l’homme de sa dernière offrande. Elle met fin à ce qui devait encore être donné. Elle réduit un mystère à un protocole. Elle travestit le désespoir en compassion. L’amour véritable n’ôte pas la vie. Il demeure. Il accompagne. Il bénit.
La dignité de l’homme ne consiste pas à mourir sans traces, à l’heure choisie, dans un lieu aseptisé. Elle consiste à se laisser aimer jusqu’au bout. À donner sa vie, jour après jour, jusque dans l’affaiblissement, parfois lent, parfois brutal, mais toujours fécond lorsqu’il est offert. La souffrance humaine peut être traversée par l’esprit. Elle peut être unie à la Croix. Elle peut devenir lumière pour d’autres.
C’est là le cœur de notre espérance. Aucune souffrance unie au Christ n’est inutile. Elle soutient l’Église. Elle porte ceux qui sont faibles. Elle protège les innocents. Elle purifie et elle féconde.
Un homme qui souffre en aimant rejoint la cohorte des saints. Il devient proche des martyrs, compagnon des solitaires, soutien de ceux qu’il ne connaîtra jamais. Il se dresse comme un signe de contradiction dans un monde qui adore la santé, l’efficacité et le contrôle. Il accède à une compréhension plus grave et plus profonde de l’existence.
N’ayez donc pas honte de vos fatigues, de vos maladies, de vos nuits d’inquiétude, de vos épreuves silencieuses. Elles peuvent être le lieu même de votre fécondité. Elles peuvent être votre part dans l’œuvre de la rédemption, surtout lorsqu’elles sont offertes sans bruit, dans le secret.
Un défi pour cette semaine
1.Prenez un temps de silence. Revenez sur une épreuve ancienne ou récente : une douleur du corps, un deuil, une lutte portée seul. Au lieu de l’analyser ou de la fuir, remettez-la au Christ crucifié.
Et dites simplement :
« Prends. C’est peu. Mais c’est pour Toi. »
Alors peut-être découvrirez-vous que ce que vous preniez pour un lieu de perte devient le lieu d’un passage vers la vie.
Fraternellement vôtre,
Dr XY

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