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Cet enregistrement est proposé par Paul de Launoy, comédien, auteur, metteur en scène et formateur. Père de six enfants, Paul de Launoy a suivi sa formation dramatique au Cours René Simon (Paris). Avec la compagnie ARGILIS qu’il a créée en 2018, avec Frédéric Hamaide, il travaille régulièrement sur des projets pour le théâtre. Il enseigne depuis quelques années à l’ICES (Vendée) et à l’EM-Normandie (Dublin).

Mes chers amis,
Nous y voilà. Trente-deux semaines de marche fraternelle. Que vous ayez tout lu ou rejoint ce chemin en cours de route importe peu : ce n’est pas le nombre d’étapes franchies qui donne sa valeur à un voyage, mais le but vers lequel il est conduit. Ce que nous avons cherché ensemble, était une seule chose : approcher l’unité de la vie, cette colonne d’homme selon Dieu. Un homme d’un seul tenant et non pas un homme parfait. L’homme viril n’est ni un technicien du devoir d’état, ni un spécialiste du combat spirituel, ni un contemplatif abandonné à ses émotions. Il est tout cela à la fois, dans un ordre d’amour, parce que rien en lui ne se disperse.
Car devenir un homme accompli revient à ressembler au Christ. Et en Lui, tout est donné et ordonné. La parole répond à l’acte. Le regard accompagne le geste. L’obéissance ne diminue pas la force. Les colères, les fatigues, les élans, les larmes trouvent leur juste place. Rien n’y est fragmenté, rien n’y est divisé, rien n’y échappe. Voilà le modèle. Voilà l’horizon.
Les quatre piliers de la virilité chrétienne
Nous avons commencé par les fondations. Il fallait dégager les gravats accumulés par le monde moderne afin de retrouver les pierres d’angle. Une force sans brutalité, une autorité exercée dans le service, un cœur vivant. Nous avons regardé saint Joseph, le Christ, le Bon Pasteur. La virilité véritable ne se manifeste ni par la domination ni par l’effacement. Elle se reconnaît dans une manière de servir, de garder, de conduire. L’homme protège ce qui lui est confié. Il conduit sans contraindre. Il bénit sans chercher à plaire.
Nous sommes ensuite entrés dans le lieu plus secret de la relation à soi. Là, rien ne se joue en surface. Un homme qui s’ignore, qui redoute sa fragilité, qui se disperse, s’expose à aimer de travers. La maîtrise de soi ne naît pas d’un effort crispé, mais d’une paix lentement acquise par l’ascèse, la prière, et même une certaine liberté de regard sur soi. Nous avons reconnu que la discipline libère, que la solitude peut enfanter, que la tempérance réjouit. L’homme apprend à se gouverner afin de pouvoir se donner sans se perdre.
Nous avons ensuite abordé le territoire des relations. Père, époux, ami, frère, responsable, compagnon de travail. L’homme viril ne se dérobe pas. Il aime sans détour. Il apprend à écouter avant de parler, à se taire lorsque le silence protège, à refuser ce qui abîme, à défendre la vérité sans dureté. Il ne fuit pas l’engagement ; il le reçoit. Il ne consomme pas les relations ; il les élève. La virilité prend alors la forme du don, et le don porte du fruit. Enfin, nous avons tourné le regard vers Dieu. Relation verticale, discrète, décisive. L’homme viril est un homme de prière pour se disposer au juste combat. Il obéit comme un fils, avec confiance. Il se présente à la messe comme on se présente devant un roi. Il envisage sa mort à la lumière de sa vie, prêt à tout remettre. C’est dans ce lien ardent avec le Père que chaque chose trouve sa place.
Ce que veut dire « être un homme complet »
L’homme complet n’est ni une mécanique bien réglée promise au succès, ni une figure héroïque épargnée par l’échec. C’est un homme en relation. Un homme qui sait d’où il vient, à qui il appartient, et pour quelle raison il se lève chaque matin.
Il se tient présent à lui-même, aux autres, à Dieu. Il n’a pas dissipé toutes ses blessures, mais il ne détourne plus le regard. Il n’a pas réduit au silence toutes ses peurs, mais il cesse de leur obéir. Il connaît le combat et ne l’ignore pas. La fatigue le visite, sans qu’il s’y installe. L’homme complet est celui qui répond : « me voici », et qui demeure à sa place lorsque l’épreuve survient.
L’homme-synthèse, l’homme-colonne
Pour donner chair à cela, il suffit de regarder saint Joseph. Il est le pilier discret de la Sainte Famille. Peu de paroles, mais des décisions prises. Il obéit, il agit, il protège, il travaille, il s’éloigne lorsque l’ordre est donné, il revient lorsque l’heure est venue, il transmet en silence. Rien en lui n’est dispersé. Tout est ordonné à l’amour.
C’est à cette forme que Dieu appelle. Non des roseaux livrés aux vents, mais des colonnes du Temple. Des hommes enracinés, capables de traverser la tempête sans se durcir, de porter le poids confié sans plainte, de faire place à Dieu sans s’imposer. Des hommes dont l’existence entière parle, sans discours ajouté. Non pas une façade religieuse appliquée sur une vie mondaine, mais une unité réelle le corps (physique), le cœur (sensible-affectif-émotionnel), l’esprit (l’intelligence, le raisonnement…) et l’âme (seule survivante à la mort, lieu de rencontre avec Dieu).
Un défi pour cette semaine
Prenez un cahier, un simple carnet, et écrivez ce que vous retenez de ce chemin. Identifiez où vous êtes encore morcelé. Dans vos paroles ? Votre sexualité ? Votre emploi du temps ? Vos prières ? Vos amitiés ? Puis écrivez où vous avez progressé : un pardon donné, une habitude quittée, une régularité retrouvée.
Enfin, décidez d’une résolution d’unification. Petite, mais réelle. Par exemple : ne plus prendre une décision importante sans prier. Ou ne plus parler de quelqu’un sans bénir. Ou sanctifier chaque début de journée par un simple « me voici ».
Et priez ainsi, simplement :
« Seigneur, unifie en moi ce qui est épars. Fais de moi un homme complet, un homme selon ton Cœur. Rassemble mes forces, purifie mes intentions, et que ma vie te rende gloire. »
Fraternellement vôtre,
Dr XY

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