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Cet enregistrement est proposé par Paul de Launoy, comédien, auteur, metteur en scène et formateur. Père de six enfants, Paul de Launoy a suivi sa formation dramatique au Cours René Simon (Paris). Avec la compagnie ARGILIS qu’il a créée en 2018, avec Frédéric Hamaide, il travaille régulièrement sur des projets pour le théâtre. Il enseigne depuis quelques années à l’ICES (Vendée) et à l’EM-Normandie (Dublin).

Mes chers amis,
Dieu ne parle jamais en vain. Dans l’Écriture, rien n’est décoratif. Chaque personnage, chaque trajectoire, chaque détail participe d’un dessein cohérent, ordonné à la révélation du salut. Il ne s’agit pas de récits épars destinés à l’édification morale, mais de pierres vivantes inscrites dans l’économie divine, révélant ce que l’homme seul ne pouvait pas inventer. Et dans cette architecture, les figures féminines occupent une place singulière. Elles ne sont ni centrales dans le récit narratif, ni bruyantes dans l’action historique, mais elles sont, à chaque moment charnière de l’histoire sainte, présentes, nécessaires, agissantes.
Ce n’est pas un hasard si Dieu choisit une femme pour porter la promesse, puis une autre pour la donner au monde. Ce n’est pas un hasard si, aux seuils de chaque basculement – de la stérilité à la fécondité, de la chute à la rédemption, de l’exil à la délivrance – une femme se tient là, parfois cachée, parfois décisive. Cela signifie que la femme, dans le plan de Dieu, n’est pas simplement une aide pour l’homme, mais une clef d’intelligence du mystère divin. Non pas par ce qu’elle dit, mais par ce qu’elle incarne : une relation ajustée, une mémoire fidèle, une réception active, une fécondité offerte.
Ces femmes, souvent discrètes, ne jouent pas un rôle symbolique ou poétique. Elles dévoilent une vérité. Elles nous rappellent que le salut ne vient pas seulement par la force ou la proclamation, mais aussi – et peut-être d’abord – par la fidélité invisible, la disponibilité intérieure, l’accueil inconditionnel. Elles ne se définissent pas par rapport à l’homme, mais par rapport à Dieu. Et c’est précisément cela qui les rend capables d’éclairer l’homme en le ramenant à ce qu’il est censé garder : l’alliance.
Regarder ces femmes bibliques, ce n’est donc pas faire œuvre d’admiration distante. C’est reconnaître que leur manière d’être devant Dieu est une invitation adressée à chacun de nous : laisser tomber les prétentions à la maîtrise, renoncer aux lectures fonctionnelles, et consentir à recevoir ce que l’autre – ici la femme – porte de Dieu pour moi. Car si Dieu passe par ces femmes, c’est pour que l’homme apprenne à ne plus faire seul. À ne plus chercher à tout comprendre pour agir. À se tenir, comme Joseph, dans le silence du juste. Et à répondre, comme Abraham, à une promesse que lui seul ne pouvait porter.
Les « passeuses » de la Bible
C’est là le point de départ indispensable. Dans la Bible, la femme n’est jamais accessoire. Elle est médiatrice, passeuse, mémoire vivante. Sara, d’abord, la vieille épouse stérile, moquée pour sa foi vacillante, mais choisie pour devenir mère d’un peuple. Elle rit, non par dérision, mais parce qu’elle connaît l’invraisemblance de la promesse. Et pourtant, c’est d’elle que naît Isaac, preuve que la vie s’engendre par la confiance. Rébecca, ensuite, fine stratège, voit plus clair que son mari aveuglé par l’apparence. Elle discerne sans dominer. Elle oriente sans s’imposer. Elle ne prend pas la place de l’homme, mais elle l’aide à rejoindre la volonté de Dieu. Léa, l’épouse méprisée, délaissée au profit de la préférée, enfante la lignée royale. Elle n’attire pas par son éclat, mais elle demeure. Son humilité, silencieuse, fonde la maison d’Israël.
Puis vient Anne, la mère de Samuel, qui pleure en silence au Temple sans rien exiger. Elle ne demande pas un fils pour elle, mais elle promet de l’offrir aussitôt. Et Dieu répond à cette offrande. Il y a aussi Marie, sœur de Moïse, qui veille son frère sur les eaux, qui devine la providence à l’œuvre, et qui chante au moment de la délivrance. Toutes ces femmes ont en commun d’agir discrètement, mais avec une puissance intérieure que rien n’égale. Leur fécondité est d’abord spirituelle, leur autorité se fonde sur leur disponibilité à Dieu.
Et quand l’heure est grave, ce sont encore des femmes que Dieu suscite. Esther, plongée dans la cour d’un roi païen, met sa vie en jeu pour intercéder. Elle ne force rien. Elle attend le moment adéquat. Elle agit après avoir prié. Sa beauté devient alors un canal de salut. Judith, veuve cachée, se lève quand les chefs tremblent. Elle entre dans la tente de l’ennemi, non pas pour séduire, mais pour délivrer. Elle frappe, puis disparaît. Elle n’en tire aucune gloire. Elle n’a rien cherché pour elle. Elle a simplement rempli son rôle.
Le regard de l’homme sur la femme, premier lieu de sa conversion
Tel est l’enseignement de ces récits. Le regard de l’homme sur la femme est le premier lieu de sa conversion. Tant qu’il cherchera à expliquer, à contrôler, à définir la femme, il restera extérieur à elle. Mais s’il consent à la regarder, non pas pour la comprendre, mais pour la recevoir, alors il apprendra ce qu’il est. Ni comme supérieur, ni comme chef, mais comme associé dans l’alliance. Le salut passe par des femmes qui élèvent, non par des hommes qui imposent.
Et ce regard n’est pas théorique. Il est à exercer chaque jour. Dans le visage de l’épouse fatiguée, quand elle ne réclame rien mais qu’elle attend tout. Dans les silences d’une fille grandissante, quand ses questions s’annoncent sans mots et que son cœur cherche un père plus qu’un juge. Dans la solitude d’une collègue effacée, dont la fragilité contient peut-être une grâce offerte à celui qui saura ne pas détourner les yeux. Dans l’écoute patiente d’une mère vieillissante, qui semble radoter mais qui transmet la mémoire vivante d’un amour éprouvé. Dans la force discrète d’une sœur ou d’une amie, qui ne s’impose pas mais dont la loyauté permet de garder debout les murs de l’âme. Il s’agit de reconnaître, comme Joseph l’a fait avec Marie, que la vocation de la femme est d’abord un appel adressé à l’homme lui-même. Non pas à la conquérir, mais à l’honorer. Non pas à la former à son image, mais à se laisser réformer par sa présence.
Un défi pour cette semaine
Relisez, dans votre Bible, le livre d’Esther ou celui de Judith : pour discerner ce qu’en elles vous êtes appelé à protéger. Puis tournez-vous vers une femme réelle. Non pour la comprendre, mais pour la contempler avec fidélité. Et posez un acte, un seul, qui dise : je te vois, je t’accueille, je choisis d’apprendre à aimer en te laissant être. Pour m’ajuster. Et s’ajuster, c’est déjà être un homme juste. Juste, au sens biblique, comme Joseph l’était : accordé à Dieu dans la manière dont il accueille la femme, la mission et le mystère confiés.
Fraternellement vôtre,
Dr XY

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