Pour que la femme ne serve pas d’alibi à l’homme.

par | 24 Avr 2026 | Virilité, Vivre | 0 commentaires

Et si la femme fatale – celle qui fait chuter l’homme – n’existait pas ? Et si l’homme commençait à se responsabiliser en gouvernant son regard ? Et si ce qu’il redoutait, il le fabriquait souvent lui-même ? Entre vigilance et discipline, l’homme – pour être vraiment homme – doit retrouver le sens de sa responsabilité.

Cet article est à écouter au format audio ici :

Cet enregistrement est proposé par Paul de Launoy, comédien, auteur, metteur en scène et formateur. Père de six enfants, Paul de Launoy a suivi sa formation dramatique au Cours René Simon (Paris). Avec la compagnie ARGILIS qu’il a créée en 2018, avec Frédéric Hamaide, il travaille régulièrement sur des projets pour le théâtre. Il enseigne depuis quelques années à l’ICES (Vendée) et à l’EM-Normandie (Dublin).


Mes chers amis,

Il est des figures qui ne naissent pas dans la réalité, mais dans le regard que l’on porte sur elle ; et la femme dite « fatale » appartient à cette catégorie trompeuse parce qu’elle n’existe jamais telle que l’homme la voit, tant il la charge de ce qu’il craint, de ce qu’il désire, de ce qu’il refuse de gouverner en lui-même, au point que ce n’est plus une femme qu’il regarde, mais une puissance imaginaire devant laquelle il abdique en se croyant vaincu.

Car enfin, qui est-elle, cette femme dont on dit qu’elle égare, qu’elle domine, qu’elle entraîne à la chute ? Est-elle Dalila, coupant les forces de Samson, ou Bethsabée, aperçue du haut d’un palais par un roi qui n’aurait jamais dû être là où il se trouvait ? Est-elle coupable, ou bien révélatrice ? Car ni Dalila n’aurait eu prise sans la complaisance de Samson, ni Bethsabée sans le regard de David ; et l’Écriture, avec une sobriété redoutable, ne laisse aucun doute : ce n’est pas la femme qui invente la chute, c’est l’homme qui consent à s’y engager.

La femme, meilleur alibi de l’homme ?

Il faut avoir le courage de le dire sans détour : l’homme parle volontiers de la femme fatale pour éviter de parler de lui-même ; il déplace la faute, il habille sa faiblesse, il donne à son désordre le visage d’un autre afin de ne pas avoir à le regarder en face, et il finit par croire à cette fiction qu’il a lui-même construite.

Car la fascination ne tombe pas du ciel ; elle s’apprend, elle se nourrit, elle s’entretient. L’homme qui s’autorise à regarder sans retenue, à s’arrêter sur ce qui excite sans élever, à consommer des images, des corps, des présences sans jamais s’engager, prépare en lui-même le terrain de sa propre défaite ; puis, lorsqu’il cède, il s’étonne de sa chute, comme si elle lui avait été imposée du dehors.

Il y a là une forme de comédie dont l’homme est à la fois l’auteur et la victime.

Il regarde, il s’attarde, il nourrit ce qui le trouble, puis il s’indigne d’être troublé. Il s’expose, puis il accuse. Il consent, puis il se dit contraint. Et pour donner à cette incohérence un vernis acceptable, il invoque la puissance féminine, comme si la femme possédait en elle-même ce qu’il a laissé croître en lui.

La femme pris au piège

En face, la femme blessée comprend vite ce que l’on attend d’elle, non par une décision claire, mais par une multitude de signes répétés qui finissent par former une règle tacite : on la regarde pour ce qu’elle montre, on l’écoute pour ce qu’elle provoque, on la retient pour l’effet qu’elle produit ; et si elle veut exister dans ce regard, il lui faut s’y plier.

Ainsi se forme cette figure que l’on redoute ensuite : une femme qui attire parce qu’on lui a appris qu’il fallait attirer, qui retient parce qu’on ne lui a jamais appris à être reçue, qui joue parce qu’on n’a jamais su l’aimer sans jeu.

Mais ce pouvoir n’en est pas un ; il dépend du regard de l’homme, il s’évanouit dès qu’il n’est plus nourri, il ne construit rien qui dure, et il laisse derrière lui une fatigue profonde, celle d’avoir été vue sans être reconnue.

Et l’ironie, mes amis, est cruelle : l’homme craint une femme qu’il a lui-même contribué à façonner, puis il s’en protège comme d’un danger extérieur, sans comprendre qu’il fuit le reflet de son propre désordre.

L’homme responsable de son regard

Il faut donc revenir à ce point simple et exigeant : l’homme est responsable de son regard.

Tant qu’il cherchera dans la femme une intensité qui lui manque, une confirmation qu’il n’a pas reçue, une excitation qui compense son vide, il fabriquera des figures qui le dépassent ; mais dès qu’il consent à gouverner ce regard, à le purifier, à le discipliner, la confusion se dissipe et la réalité apparaît.

Alors la femme cesse d’être une menace ou un refuge ; elle redevient une personne.

Et c’est ici que le renversement doit s’opérer, non pas par un effort de pensée, mais par une conversion réelle du cœur : car cette femme que l’on regarde de loin, que l’on craint ou que l’on désire sans la connaître, pourrait être celle qui vous a donné la vie, celle qui a grandi à vos côtés, celle qui vous sera confiée demain ; et si votre regard n’est pas capable d’honorer une inconnue, il ne saura jamais honorer celles qui vous sont les plus proches.

Et qu’il ne s’imagine pas pouvoir compartimenter : on ne respecte pas sa mère en méprisant les autres femmes, on n’honore pas sa sœur en se laissant aller ailleurs, on ne protège pas sa fille en nourrissant un regard qui abîme celles des autres ; il n’y a qu’un seul regard, et il engage tout l’homme.

Des situations concrètes, sans échappatoire

Cela se joue dans des actes simples, quotidiens, que l’on préfère souvent ignorer parce qu’ils ne flattent pas : ce regard qui s’attarde sans raison, cette image que l’on choisit de regarder, cette conversation qu’on laisse dériver, cette plaisanterie que l’on tolère, ce silence que l’on garde lorsqu’il faudrait reprendre ; autant de lieux où l’homme décide. Ou abdique…

Et qu’on ne vienne pas dire que cela est sans conséquence.

Car chaque concession prépare la suivante, chaque relâchement affaiblit la volonté, chaque indulgence envers soi-même construit une habitude dont on devient ensuite prisonnier ; puis, un jour, l’homme se retrouve face à une femme qu’il dit ne pas pouvoir maîtriser, alors qu’il a renoncé depuis longtemps à se gouverner lui-même.

Un défi pour cette semaine

1. Choisissez un point précis où votre regard manque de justesse : une habitude, une image, une attitude tolérée. N’en faites pas une analyse, tranchez.

2. Refusez ce qui entretient la confusion.
Coupez ce qui nourrit la fascination.
Rétablissez un regard qui honore.

3. Et lorsque vous croiserez une femme, quelle qu’elle soit, souvenez-vous de ceci : elle n’est pas une épreuve placée sur votre route, elle est une personne confiée à votre regard.

Si vous ne savez pas la regarder, vous ne saurez pas l’aimer.

Fraternellement vôtre,

Dr XY

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Xavier Yvanov
Xavier Yvanov, dit "Dr X.Y", cultive l’art de la relation depuis quinze ans. Il accompagne de nombreuses personnes et des couples qui ont besoin de se relancer ou de (re)trouver l'équilibre. Ce sont ces personnes qui le nomment "docteur", par estime et reconnaissance pour les bienfaits reçus de lui. L’acuité de son analyse et sa discrétion en font un allié précieux des dirigeants, managers, équipes et familles. Amoureux de la vie sous toutes ses formes, il éclaire les profondeurs de l’âme sans jamais imposer, porté en silence par sa foi.

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