Patronne du personnel féminin de l’Armée de Terre, Jeanne d’Arc porte aussi la valeur du patriotisme, puisque selon une loi de 1920, chaque deuxième dimanche de mai la République célèbre la « Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme ». Avec d’autres saints, c’est tout un contingent céleste qui veille sur les différents corps d’armée qui défendent notre pays.
Une figure spirituelle incarnée dans l’armée française
Jeanne d’Arc résonne particulièrement dans la culture militaire française parce qu’elle réunit des qualités humaines dans lesquelles les soldats se reconnaissent : l’obéissance à une mission, le courage dans l’action et la fidélité jusqu’au sacrifice.
L’obéissance d’abord : Jeanne ne se présente pas comme un chef de guerre, mais comme la servante de Dieu, allant remplir sa mission avec humilité. Lors de son procès en 1431, elle affirme à plusieurs reprises agir « de par Dieu ». Cette conviction structure toute sa conduite, notamment vis-à-vis du roi Charles VII, qu’elle reconnaît malgré qu’il se soit caché parmi les courtisans.
Le courage ensuite : lors du siège d’Orléans en 1429, Jeanne accompagne ses hommes dans les opérations contre les places anglaises. Plusieurs témoins du procès en réhabilitation décrivent sa présence au milieu des soldats, bannière à la main. Sa modestie lui fait pourtant dire : « Les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. »
Le sacrifice enfin : capturée devant Compiègne en 1430, livrée aux Anglais et jugée à Rouen, Jeanne refuse de renier sa mission. Condamnée comme hérétique, elle est exécutée le 30 mai 1431. Les témoignages rapportent qu’elle invoqua le nom de Jésus à plusieurs reprises au moment de mourir. Cette mort donne à sa figure une dimension qui dépasse le simple fait militaire, où transparaît l’exemple de Jésus qui, lui aussi, a donné sa vie dans l’obéissance à Dieu.
C’est ce triptyque — mission, courage, fidélité — qui explique sa présence durable dans l’armée française. Patronne du personnel féminin de l’armée de terre, Jeanne d’Arc est évoquée comme un modèle de loyauté et de détermination par les institutions militaires.
Longtemps, sa présence dans l’armée française fut incarnée par le porte-hélicoptère qui portait son nom (jusqu’en 2010), et par la 78e promotion de Saint-Cyr, également baptisée Jeanne d’Arc. En 2026, l’opération de formation visant, notamment, à réaffirmer la souveraineté française dans le canal du Mozambique est également appelée « mission Jeanne d’Arc ».
Les patronages spirituels des armées
L’armée française ne se contente pas d’honorer ses héros. Elle conserve aussi une tradition plus discrète : placer certaines spécialités militaires sous la protection d’un saint patron. Ce souci du patronage rappelle que l’exercice des armes a besoin de revêtir une responsabilité morale et spirituelle et qu’il ne relève pas que de la technique ou de la stratégie.
Le renseignement militaire se reconnaît ainsi sous la protection de l’archange Raphaël (décret du 15 avril 1998), car dans le Livre de Tobie, Raphaël accompagne le jeune Tobie durant son voyage sans révéler immédiatement son identité. Il guide, protège et conseille dans l’ombre. Ce rôle correspond naturellement à celui du renseignement : voir sans être vu, comprendre sans apparaître, agir sans se faire connaître.
D’autres corps militaires se placent sous la protection de figures plus anciennes encore. Par exemple, les parachutistes français ont choisi saint Michel : cet archange est le chef des armées célestes qui combat le mal : « Michel et ses anges combattirent le dragon » (Apocalypse 12, 7).
Les unités d’infanterie en revanche se réfèrent à saint Maurice. Officier romain du IIIe siècle, il refusa d’exécuter des chrétiens sur ordre de l’empereur Maximien et déclara, alors qu’on allait le tuer pour insubordination, qu’il préférait « mourir innocent que coupable ». Son exemple rappelle aux troupes d’infanterie qu’un soldat reste responsable devant sa conscience, même quand il agit sous l’autorité de ses supérieurs hiérarchiques.
Enfin, la figure de saint Georges demeure l’un des symboles les plus répandus du combat spirituel. Le récit de Georges à cheval terrassant le dragon, transmis par la tradition chrétienne orientale, illustre la lutte du bien contre le mal. Cette image a marqué durablement l’imaginaire militaire de nombreuses armées chrétiennes, y compris en Occident. Il est le patron de l’arme blindée cavalerie.
Au-delà du folklore, ces personnages spirituels rappellent que la guerre n’est jamais uniquement matérielle. Sans soutien spirituel, la force n’est plus au service d’une cause mais une simple justification de la violence, et sans modèle chrétien, le soldat perd son exigence intérieure.
Redécouvrir l’esprit de combat : la leçon des saints soldats
Ces patronages militaires rappellent que la tradition chrétienne n’a jamais opposé la sainteté et le combat. Elle a simplement cherché à distinguer la guerre juste de la violence injuste. Jeanne d’Arc, saint Michel, saint Maurice ou saint Georges incarnent tous cette idée simple : un soldat ne combat pas seulement pour vaincre, mais pour servir une cause qui le dépasse.
Dans nos sociétés occidentales, cet esprit de combat semble s’être affaibli. Le confort matériel et la paix relative ont parfois fait oublier que certaines vérités exigent d’être défendues. Le chrétien n’est pas appelé à la violence, mais il n’est pas appelé non plus à la passivité. Un verset de l’Apocalypse avertit même que Dieu vomit les tièdes !
Aujourd’hui, les champs de bataille ne sont plus seulement militaires. Ils sont aussi moraux et culturels. Défendre la vie face à l’avortement, refuser le suicide assisté, protéger la dignité humaine ou simplement dire la vérité lorsque le silence est plus confortable : tout cela demande un courage réel.
Jeanne d’Arc n’avait ni armée puissante ni pouvoir politique. Elle avait une conviction et une mission. Cette fidélité a fait d’elle à la fois un chef de guerre et une sainte.
C’est peut-être là, la leçon que les soldats comprennent instinctivement : le combat n’est jamais seulement une question de force, mais d’abord une question de fidélité.
Et celui qui entre dans la bataille en invoquant Dieu ne combat jamais seul.
Christophe de Guibert


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