Marie, refuge des égarés… Vraiment ?

par | 15 Mai 2026 | Virilité, Vivre | 0 commentaires

Si la Vierge Marie est un « refuge pour les pécheurs », saint Joseph, n’a pas fuit ses prérogatives d’époux et de père. Quand certains hommes trouvent en leur femme un refuge, cela ne doit pas se faire au détriment de celle-ci. Quel est donc le bon ajustement ? Comment éviter le « phénomène » de la « femme alibi » ?

Cet article est à écouter au format audio ici :

Cet enregistrement est proposé par Paul de Launoy, comédien, auteur, metteur en scène et formateur. Père de six enfants, Paul de Launoy a suivi sa formation dramatique au Cours René Simon (Paris). Avec la compagnie ARGILIS qu’il a créée en 2018, avec Frédéric Hamaide, il travaille régulièrement sur des projets pour le théâtre. Il enseigne depuis quelques années à l’ICES (Vendée) et à l’EM-Normandie (Dublin).


Mes chers amis,

L’Évangile ne commence ni par une explication ni par un traité, mais par une scène brève dont tout découle : une parole est adressée à une jeune fille, et cette parole ne lui laisse pas la possibilité de rester spectatrice de sa propre vie. « Qu’il me soit fait selon ta parole. » Elle ne demande pas de délai, elle ne renvoie pas à plus tard, elle ne réclame pas un temps pour “y réfléchir tranquillement” ; elle consent, et ce consentement fait entrer le Christ dans le monde.

À partir de cet instant, il n’est plus question pour elle d’organiser les choses à sa convenance. Il y a là une présence qui oblige, qui oriente, qui appelle des décisions concrètes. Rien n’est théorique. Tout se joue dans ce qui est fait, et dans le moment où cela est fait.

Marie, refuge qui conduit

On parle de Marie comme d’un refuge, et l’on imagine aussitôt un lieu doux, accueillant, presque confortable. L’Évangile montre tout autre chose. On vient à elle et l’on est remis à sa place. Elle ne garde rien pour elle, elle ne s’installe pas au centre ; elle renvoie toujours à celui qu’elle a reçu.

Ce point est décisif pour comprendre la femme. Elle n’existe pas pour absorber, ni pour compenser, ni pour maintenir à elle seule ce qui se fissure. Elle reçoit, elle répond, elle conduit. Lorsqu’un homme agit, elle peut demeurer dans cet ordre simple. Lorsqu’il ne fait pas ce qui lui revient, elle quitte cet ordre et commence à faire à sa place.

Joseph : une suite d’actes, sans discours

Joseph ne prononce pas une seule parole dans l’Évangile, et pourtant tout est dit de lui. Il apprend que Marie est enceinte ; il reçoit en songe ce qu’il doit faire ; il prend chez lui son épouse. Le geste est visible, il engage sa réputation, il modifie sa vie. Il ne demande pas une réunion de famille pour peser les avantages et les inconvénients.

Puis la nuit vient, l’ordre est donné de partir, et il ne s’installe pas dans un débat intérieur sur la meilleure stratégie ; il se lève, il prend l’enfant, il prend la mère, il quitte ce qu’il connaît, , il recommence ailleurs. Il travaille, il gagne de quoi nourrir les siens, il veille. Rien n’est spectaculaire, tout est concret.

Il n’explique pas ce qu’il fait. Il le fait.

Quand l’homme ne fait pas, la femme s’en charge

Un soir, la question tombe au milieu du repas : « On fait quoi pour l’école de Paul l’an prochain ? » Elle a regardé et lui a transmis les dossiers, elle a pris des informations, elle attend une décision. Il répond qu’il préfère comparer encore, qu’il ne faut pas se précipiter, qu’on verra cela plus tard. Les jours passent, puis les semaines, et un matin elle remplit seule le dossier d’inscription, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse.

Plus tard dans la soirée, la maison est encore en mouvement. Les cartables traînent, la table n’est pas débarrassée, la cuisine reste en désordre. Elle enchaîne sans bruit, elle range, elle prépare le lendemain, elle termine ce qui n’a pas été fait. Il est assis, téléphone à la main. Il lève les yeux, lâche un « tu aurais dû me demander », puis retourne à son écran. Rien ne change.

Le lendemain, leur fille parle sèchement à sa mère. Le ton monte, la phrase dépasse le respect. Il est là, il entend très bien, il sait qu’il faudrait reprendre immédiatement, mais il préfère éviter l’escalade ; il se promet d’en parler plus tard, dans un moment plus calme. Le moment ne vient pas. La scène est passée, la parole reste.

À chaque fois, il voit. À chaque fois, il comprend. À chaque fois, il ne fait rien.

Ce que le fils apprend en regardant son père

Le fils n’écoute pas les discours sur l’autorité ou la responsabilité. Il regarde son père vivre.

Il entend souvent cette phrase : « On verra. » Il la retient. Il l’utilise.

Quand on lui demande de ranger sa chambre, il commence à discuter, à négocier, à gagner du temps. Son père laisse passer, fatigué ou pressé d’éviter un conflit. Il comprend très vite qu’il suffit de parler pour ne pas agir.

Un jour, il ment. Le père le sait, il le voit, mais il n’a pas envie de déclencher une scène. Il se dit qu’il reprendra plus tard, plus calmement. Le moment passe. Le mensonge reste possible.

Dans la maison, c’est la mère qui décide, qui tranche, qui organise. Le fils s’adresse à elle pour tout, il négocie avec elle, il s’oppose à elle. L’homme est là, mais il n’entre pas dans ce jeu. L’enfant apprend sans qu’on le lui dise : l’autorité ne se trouve pas ici.

Il apprend à parler. Il n’apprend pas à assumer.

Le refuge déformé

Quand l’homme ne prend pas ce qui lui revient, tout converge vers la femme. Les décisions, les tensions, les ajustements, les rappels, tout passe par elle. Elle finit par gérer l’ensemble, non parce qu’elle l’a voulu, mais parce que personne d’autre ne l’a fait.

Alors elle insiste, elle reprend, elle tranche. Sa voix se fait plus ferme, son exigence plus visible. L’homme la regarde et parle de dureté, de caractère, de rigidité, comme si ce qu’il voit venait d’elle seule.

Elle fait ce qu’il n’a pas fait.

Mais Marie ne fonctionne pas ainsi. Elle ne remplace pas. Elle ne se substitue pas. Elle conduit vers le Christ, et chacun reçoit ce qui lui revient.

Ce que l’homme doit faire

Il n’est pas question de méthode compliquée ni de réflexion interminable. Il s’agit de gestes simples.

• Quand une décision est demandée, répondre clairement.

• Quand une règle est franchie, intervenir immédiatement.

• Quand une tâche est à faire, la faire jusqu’au bout.

• Quand une parole déborde, la reprendre sans attendre.

• Quand une direction manque, en donner une.

Joseph a vécu ainsi, sans discours, sans mise en scène, solide et sûr !

Marie comme mesure

Marie n’entre jamais dans ce qui ne lui revient pas. Elle ne devance pas Joseph, elle ne corrige pas ce qu’il devrait faire, elle ne réorganise pas la place qui lui est donnée. Elle reçoit, elle suit, elle agit là où elle est attendue, sans empiéter, sans suppléer, sans reprendre.

Dans une maison, lorsque l’homme décide sans détour, reprend une parole au moment où elle dérape, fixe une direction et s’y tient, la femme n’a rien à ajouter ni à compenser ; elle demeure dans ce qui lui est propre, sans tension inutile, sans surcharge.

Mais lorsque l’homme diffère, lorsqu’il laisse une décision en suspens, lorsqu’il entend sans intervenir, alors quelque chose bascule. Ce qui n’est pas fait finit toujours par être fait, et c’est elle qui s’en charge. Elle tranche, elle reprend, elle organise, non par goût de dominer, mais parce que la vie ne peut pas attendre.

Et l’homme, témoin de ce déplacement qu’il a lui-même provoqué, s’étonne ensuite de la trouver envahissante.

La femme n’a pas changé. Elle accomplit simplement ce qui n’a pas été accompli.

Un défi pour cette semaine

1. Identifiez une situation précise où vous avez laissé une femme décider seule alors que vous étiez directement concerné. N’expliquez pas. Reprenez le moment exact où vous avez fui.

2. Prenez une responsabilité claire dans cette relation : une décision à poser, une organisation à assumer, un cadre à fixer. Pas une aide ponctuelle. Une responsabilité définie.

3. Reliez cet acte au Christ par un geste explicite : une prière pour cette personne, un passage d’Évangile lu en lien avec ce que vous vivez, ou une décision prise en conscience de ce lien.

Fraternellement vôtre,

Dr XY

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Xavier Yvanov
Xavier Yvanov, dit "Dr X.Y", cultive l’art de la relation depuis quinze ans. Il accompagne de nombreuses personnes et des couples qui ont besoin de se relancer ou de (re)trouver l'équilibre. Ce sont ces personnes qui le nomment "docteur", par estime et reconnaissance pour les bienfaits reçus de lui. L’acuité de son analyse et sa discrétion en font un allié précieux des dirigeants, managers, équipes et familles. Amoureux de la vie sous toutes ses formes, il éclaire les profondeurs de l’âme sans jamais imposer, porté en silence par sa foi.

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