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Cet enregistrement est proposé par Paul de Launoy, comédien, auteur, metteur en scène et formateur. Père de six enfants, Paul de Launoy a suivi sa formation dramatique au Cours René Simon (Paris). Avec la compagnie ARGILIS qu’il a créée en 2018, avec Frédéric Hamaide, il travaille régulièrement sur des projets pour le théâtre. Il enseigne depuis quelques années à l’ICES (Vendée) et à l’EM-Normandie (Dublin).

Mes chers amis,
Nous vivons à une époque étrange, où l’on rencontre de plus en plus de femmes qui, au terme d’un long combat, se relèvent. Elles ont traversé l’abandon, la trahison, parfois la violence. Elles ont porté seules leurs enfants, leur foi, leurs épreuves. Et contre toute attente, elles ne se sont pas effondrées. Elles ont souffert, mais elles ne sont pas devenues dures. Elles ont lutté, mais elles ne sont pas devenues amères. Elles ont été humiliées, mais elles n’ont pas renié leur dignité. Certaines sont flamboyantes, d’autres secrètes. Mais toutes ont cette force tranquille des âmes revenues de l’enfer, qui n’attendent plus rien du monde, mais qui espèrent tout de Dieu.
« Quand la femme retrouve sa mission, l’homme doit retrouver la sienne. »
Car il est une tentation insidieuse : admirer ces femmes et s’absenter. On les regarde tenir bon, parler en vérité, aimer vraiment, prier profondément, et on reste à distance, impressionné mais passif. On dit qu’elles sont inspirantes, profondes, “bien plus avancées que nous”… et l’on s’installe dans l’ombre confortable de leur maturité. C’est là que commence le malentendu. Car une femme restaurée ne cherche ni disciples ni spectateurs. Elle ne veut ni plaire ni éblouir. Elle veut pouvoir s’appuyer. Elle veut rencontrer un homme qui ne se contente pas de l’admirer, mais qui choisit de l’aimer vraiment. C’est-à-dire de la servir, de la porter, de répondre.
Une femme qui a retrouvé sa voix, sa fécondité, sa prière, ne réclame rien. Mais elle appelle. Non par des slogans, mais par sa simple présence. Elle oblige l’homme à se positionner. S’il reste dans l’attente, elle s’épuise. S’il cherche à la contenir, elle se ferme. Mais s’il choisit d’entrer dans l’alliance — pas en surplomb, mais en compagnon — alors elle s’élargit. Elle devient plus vivante encore. Plus libre. Plus paisible. Et l’homme, dans cette dynamique, ne perd rien. Il trouve sa place. Sa mission. Sa virilité.
Et cette mission, mes frères, n’est pas floue. Elle est visible dans la vie des saints époux : Louis et Zélie Martin, Élisabeth et Félix Leseur— et tant d’autres, souvent inconnus. Leur virilité ne fut jamais une domination, ni une présence molle. C’était une force tranquille, un axe solide, un amour constant. Louis Martin ne s’est pas mis en avant ; il a soutenu la vocation de sa femme, puis porté celle de ses filles. Il n’a pas dirigé par principe, il a conduit par fidélité. Félix Leseur, converti par l’offrande silencieuse de son épouse, a ensuite consacré sa vie à servir l’Église. Il n’a pas été défini par ses émotions, mais par sa capacité à répondre à une grâce reçue. La mission de l’homme, c’est cela : non pas briller, mais prendre soin. Être capable de faire passer l’autre avant soi, sans s’annuler. De prendre des décisions quand c’est lourd. De protéger quand c’est flou. De demander pardon quand c’est juste. De bénir en secret, de servir sans bruit, de résister à la tentation de tout interpréter. C’est porter le quotidien comme une croix féconde. C’est être capable de silence devant les tempêtes. De fermeté quand le mal rôde. De joie fidèle dans l’ordinaire. La virilité chrétienne ne consiste pas à revendiquer un pouvoir. Elle consiste à faire le choix répété, chaque jour, de se donner sans retour — et de s’y tenir.
« L’émerveillement vrai engage le don et non la fuite. »
Gustave Thibon dénonçait cet émerveillement stérile qui, sous couvert de sensibilité, cache une paresse ou une peur. Oui, il y a des hommes qui “adorent” les femmes… et ne leur donnent rien. Ils parlent de leur grâce, de leur lumière, de leur force, mais refusent de s’engager, de prendre position, de se convertir. Ils vivent d’un regard esthétisant, qui leur permet de ne jamais se remettre en cause. Ces hommes-là, que l’on croit doux ou profonds, sont souvent des égoïstes raffinés. Ils ne blessent pas la femme par brutalité, mais par absence. Et l’absence, à la longue, tue autant qu’un coup.
Être gardien émerveillé, ce n’est pas adopter une posture bienveillante ou raffinée. Ce n’est pas admirer la femme comme un tableau dont on commenterait les lignes en restant au seuil. C’est entrer dans l’histoire. Et s’y tenir. C’est prendre sur soi, sans rien revendiquer. Un homme juste n’est pas celui qui attend d’être utile pour agir. C’est celui qui fait ce qu’il doit, même quand il n’est pas remercié, même quand il n’est pas compris. Il ne mesure pas son rôle à l’impact qu’il produit sur elle, mais à la fidélité qu’il offre, silencieusement, jour après jour.
Ce dont une femme restaurée a besoin, ce n’est pas d’un homme qui la contemple. C’est d’un homme qui ne la quitte pas. Pas intérieurement, pas affectivement, pas spirituellement. D’un homme qui reste là quand elle est à bout. Qui l’honore, non dans ses moments brillants, mais quand elle doute, quand elle résiste, quand elle peine à croire que sa beauté intérieure existe encore. Elle a besoin d’un homme qui ne confonde pas l’égalité avec la rivalité. D’un homme qui ne cherche pas à exister à ses dépens, mais qui choisit de se tenir à sa place — non pas moindre, mais vraie. D’un homme qui, loin de se vexer de sa force ou de sa clarté, y voit l’appel à sa propre croissance.
Un homme juste, dans ce contexte, n’est ni le chef ni le disciple. Il est le compagnon fiable, qui porte sa croix sans bruit, qui prend sur lui les choses qu’il préférerait fuir : les décisions ingrates, les lourdeurs domestiques, les humiliations intimes, les replis affectifs. Il ne s’en défend pas. Il les assume. Il ne cherche pas l’égalité dans le partage des corvées, mais la justice dans le don. Il sait que la femme ne cherche pas un héros, mais un homme vrai : droit dans ses engagements, stable dans ses paroles, ajusté dans ses gestes, humble dans ses retours. Peut-être, tout simplement, un héros du quotidien ! Et cela, mes amis demande de réajuster sans cesse son regard. De choisir l’effort qui libère au lieu de la justification qui enferme. L’homme juste ne fait pas sentir son sacrifice. Il se donne comme on respire : parce que c’est ainsi qu’on vit.
Un défi pour cette semaine
Regardez autour de vous. Il y a peut-être une femme — votre épouse, votre fille, une amie, une sœur — qui a traversé l’épreuve. Demandez-vous si vous la soutenez ou si vous vous contentez de l’admirer. Puis posez un acte. Qui l’honore sans l’écraser. Qui la libère sans fuir. Qui dise : je suis là, non pour me nourrir de ta lumière, mais pour marcher avec toi vers Celui qui en est la source.
Fraternellement vôtre,
Dr XY

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