L’art du saumon ou le moyen de devenir un vrai homme

par | 8 Sep 2025 | Vivre | 1 commentaire

Et si la vrai liberté (celle qui rend heureux et stable) n’était pas celle de faire tout ce que l’on veut ? Tel un saumon à contre-courant - de son époque -, l’homme d’aujourd’hui ne peut s’accomplir que dans un apprentissage patient.

Aujourd’hui, la liberté est souvent vendue comme la possibilité de faire ce qu’on veut, quand on veut, sans contrainte. C’est séduisant… comme un “tout compris” dans un hôtel quatre étoiles. Sauf qu’au retour, on découvre qu’on a pris cinq kilos et qu’on a perdu toute énergie. Avoir le choix n’est pas être libre. C’est seulement avoir le potentiel de le devenir.

L’art du saumon

Prenons une image simple : un saumon a des nageoires. Il peut descendre la rivière, remonter, faire du surplace ou sauter hors de l’eau. Tous ces choix sont possibles, mais un seul le conduit à la vie : remonter le courant pour aller pondre. S’il descend la rivière par facilité, il se laisse emporter et finit sa vie dans l’océan, stérile et inutile.

De même, l’homme peut faire mille choix différents. Mais il n’est pas libre parce qu’il choisit, il devient libre lorsqu’il choisit ce qui le fait grandir, ce qui construit son être. Et cela ne s’improvise pas. Cela s’apprend, souvent par l’exemple de ceux qui nous précèdent. Sans repères clairs, le jeune est livré à ses envies immédiates et finit par confondre liberté et caprice. Et comme chacun sait, un adolescent livré à ses caprices devient rapidement un dictateur… de salon !

Des pères qui montrent le chemin

Les jeunes d’aujourd’hui possèdent une autonomie énorme : ils peuvent décider de presque tout, cliquer sur ce qu’ils veulent, consommer ce qu’ils veulent, choisir leurs fréquentations, leurs opinions et même leur identité. Mais sans repères clairs, cette autonomie devient une dispersion : un peu comme un placard de cuisine sans étagères… tout finit par tomber par terre.

C’est là que le rôle du père devient vital. Un père n’est pas simplement un “copain” ou un distributeur de moyens financiers : il est un repère stable qui fixe des limites claires et incarnées. Ces limites ne sont pas là pour brider, mais pour rendre possible l’apprentissage du bien.

Un père qui dit non à la facilité immédiate, qui montre qu’il se bat contre sa propre paresse, transmet quelque chose de précieux à ses enfants : il leur apprend que la liberté est exigeante. Et c’est justement cette exigence qui rend solide. À l’inverse, céder à toutes les impulsions – écrans, confort, fuite de l’effort – conduit à un esclavage intérieur. Addictions, fragilité affective, peur de l’effort : voilà les fruits d’une autonomie sans cadre.

Les pères ont ici un rôle clé : montrer par leur vie qu’il est possible de choisir le bien même quand il coûte. Et pour ceux qui pensent qu’il est trop tard, qu’ils se rassurent : il n’est jamais trop tard pour poser un cadre… même si ça fait un peu grincer des dents les premiers jours (et parfois beaucoup plus chez les ados).

Former des hommes libres : un chemin concret

La liberté n’est pas une idée abstraite. C’est un muscle qu’il faut entraîner jour après jour. La tradition chrétienne l’a toujours su : les vertus sont ces “muscles” intérieurs qui rendent le choix du bien plus facile, plus joyeux.

  • La prudence éclaire l’intelligence pour discerner le bien réel du bien apparent (et éviter de se retrouver à acheter un abonnement en ligne dont on n’avait pas besoin).
  • La tempérance apprend à dompter les envies immédiates (comme dire non à la quatrième part de gâteau au chocolat).
  • La justice pousse à respecter l’autre, même quand cela coûte personnellement.
  • Le courage donne la force de persévérer malgré les obstacles – et parfois de sortir le soir les poubelles sous la pluie.

Ces vertus ne s’acquièrent pas par hasard. Elles se développent par des petits actes répétés : se lever à l’heure plutôt que de céder à la paresse, finir ce qu’on a commencé, servir avant de se servir soi-même.

Là encore, le père joue un rôle clé. En vivant lui-même ces petites victoires quotidiennes, en les exigeant de ses enfants avec bienveillance, il entraîne toute la famille dans cette école du réel. Et pour ceux qui trouvent cela trop sérieux : il y a toujours la possibilité de célébrer chaque victoire avec humour… même un simple “on a survécu au rangement de la chambre” peut changer l’atmosphère !

Le sacrifice : le secret de la vraie liberté

Tout choix en faveur du bien suppose de renoncer à un bien moindre. C’est ce qu’on appelle le sacrifice. Ce mot fait peur, mais il est au cœur de la liberté.

Sacrifier, c’est renoncer à quelque chose de secondaire pour un bien plus grand :

  • renoncer à une heure de confort pour passer du temps avec ses enfants,
  • éteindre son téléphone pour prier ou simplement se rendre disponible,
  • accepter de se priver de ce qui flatte l’ego pour faire grandir l’autre.

Ces sacrifices, lorsqu’ils sont assumés librement, fortifient l’âme. Ils rendent capables de choisir le bien non pas par peur ou par contrainte, mais par amour. Et ce n’est pas parce qu’on sacrifie un match de foot télévisé pour un dîner en famille que la vie s’arrête… même si, avouons-le, ça peut ressembler à un petit martyre sur le moment !

Là encore, le père peut transmettre cet esprit de sacrifice par des gestes simples et visibles : il n’a pas besoin de grands discours. Un exemple vécu vaut mille sermons.

Comme le saumon, remonter le courant

Remonter le courant n’est jamais confortable. Cela demande de l’énergie, de la persévérance, parfois de la souffrance. Mais c’est le seul chemin qui conduit à la vie. Céder à la facilité, c’est dériver vers la mort intérieure.

Former ses enfants à la vraie liberté, c’est leur apprendre à nager à contre-courant quand il le faut, à choisir ce qui construit plutôt que ce qui flatte. Et si le saumon y arrive, même avec un ours qui l’attend au bord de la rivière, pourquoi pas nous ?

Ce n’est pas un hasard si le Christ parle de “porte étroite”. L’éducation chrétienne n’a pas vocation à fabriquer des consommateurs de choix, mais des hommes libres. Et pour cela, nous avons besoin de pères courageux, qui incarnent eux-mêmes cette liberté intérieure.

Ainsi, être libre, ce n’est pas faire ce que je veux. C’est vouloir ce qui est bon – et persévérer dans ce choix (même quand la tentation de faire une sieste est très forte).

Jacques Bert

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Jacques BERT
Il allie curiosité philosophique et mains dans la terre. Diplômé « Conseiller en droit rural et économie agricole », après cinq années de philosophie, deux ans comme ouvrier agricole et neuf ans d’animation BAFA, il est directeur de la formation à l’association IRVIN et formateur en pédagogie à Skol Feniks. Sur le terrain, il est fonceur et persévérant. Il est animé par le sens de la mission et l’attention portée à chaque personne.

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Commentaires

1 Commentaire

  1. Avatar

    Bravo à Jacques Bert pour cet excellent article que je vais m’empresser de faire connaître aux jeunes et moins jeunes!

    Réponse

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