Général Philippe Aumonier : « Il n’y a aucune raison de désespérer aujourd’hui quand on voit toutes les périodes difficiles qu’a traversées notre histoire ».

par | 10 Sep 2025 | Découvrir | 0 commentaires

Père, grand-père et arrière-grand-père, le général Philippe Aumonier a passé la majeure partie de sa carrière au sein de l’Armée de Terre. Il a ensuite rejoint le civil pour travailler pendant huit années comme directeur des classes prépa d’un grand établissement parisien. Découverte d’un homme qui n’a jamais fait la Une des médias, à travers un petit questionnaire façon Proust.

Pour vous, qu’est-ce qu’un homme digne de ce nom ?

C’est une personne qui sait d’où elle vient et où elle va. En effet, comment conduire sa vie si elle consiste à errer au gré de ses sentiments, de ses pulsions ou de ses fantasmes ? Notre époque est, de ce point de vue, assez caricaturale quand on voit le nombre de gens sans repères, sans convictions et mal dans leur peau. L’homme d’aujourd’hui vit le plus souvent uniquement pour lui, pour son propre plaisir selon son « ressenti ». Comme un plaisir ne peut jamais assouvir le bonheur de l’homme, celui-ci en recherche un autre et ainsi de suite jusqu’au moment de mourir après une vie vide de sens.

Parmi toutes les vertus humaines, y en a-t-il une que vous préconisez particulièrement de nos jours ?

Il me semble que le courage tient une place toute spéciale aujourd’hui. Le courage de penser par soi-même, le courage de construire sa vie, le courage d’être attentif aux autres, le courage de se regarder dans la glace de temps en temps en se disant : « Qu’est-ce que je fais de ma vie ? ».

Pouvez-vous donner un exemple d’un moment de votre vie où vous avez dû expérimenter ce courage ? Ou tout simplement un moment où vous avez dû en expérimenter les bienfaits ?

Il faut du courage pour être toujours attentif aux autres, pour montrer l’exemple, pour venir en aide. L’officier doit avoir du courage s’il veut que ses soldats en aient. Le père de famille doit avoir du courage s’il veut que ses enfants soient eux-mêmes courageux. Je me rappelle d’une élève de Prépa scolarisée dans le public et en grande souffrance familiale. Elle avait été amenée par une de ses tantes un mois après la rentrée. Ma femme et moi avons accepté de prendre cette jeune fille en pension chez nous pendant un an pour l’aider à se reconstruire et à poursuivre ses études. Quelle joie d’avoir rempli cette mission !

« La vie est devant et elle est à construire. »

Avez-vous une figure inspirante ou des figures tutélaires qui vous ont inspiré par le passé ?

Pour ma part, c’est la personnalité de mon père qui m’a le plus souvent guidé et je lui en rends grâce tous les jours. C’était un homme droit, rigoureux intellectuellement et humainement, éducateur sans faille et vrai chef de famille.

Votre devise préférée ?

Sans doute celle du Cadre Noir de Saumur : « En avant, calme et droit ». A l’époque où nous vivons, il me paraît essentiel de toujours garder son calme et de regarder loin. On a naturellement le réflexe de s’accrocher à ce qu’on connaît, donc au passé, alors qu’il faut d’abord affronter la réalité… avec courage. La vie est devant et elle est à construire.

« Chaque époque possède ses propres caractéristiques et l’homme ne doit pas avoir de nostalgie. »

Votre personnage historique préféré ?

Jeanne d’Arc sera toujours pour moi un mystérieux modèle. Comment une toute jeune fille vivant tranquillement à la campagne a-t-elle pu avoir le courage de se fier à des voix, même célestes, pour revêtir une armure, conduire une armée et faire sacrer un roi ? Elle peut servir encore aujourd’hui de modèle à tous ceux qui comprennent que la vraie vie consiste à donner et non pas à rechercher son plaisir personnel.

L’époque de l’histoire de France dans laquelle vous aimeriez aller si un magicien vous le proposait ?

Celle d’aujourd’hui et je n’ai donc pas besoin de magicien pour m’y emmener. Je crois que chaque époque possède ses propres caractéristiques et que l’homme ne doit pas avoir de nostalgie. Quand on conduit, il ne faut pas avoir les yeux en permanence sur le rétroviseur, un coup d’œil de temps en temps suffit.

Le livre dont vous ne vous séparez jamais ?

L’Evangile car Jésus-Christ m’y parle parfaitement bien et répond à toutes mes questions pour peu que je sois attentif.

Le livre que vous lisez en ce moment ?

« Castelnau. Le maréchal escamoté » paru chez Tallandier il y a quelques mois. Cet homme est un modèle par sa personnalité, son humilité et… son courage.

Le passage de l’Ancien Testament qui vous marque le plus ?

Celui où Joseph est vendu par ses frères et se retrouve à la cour de Pharaon est assez fascinant. Chargé de distribuer le blé au moment de la famine, il avait une occasion rêvée de se venger de ses frères ou tout au moins de les mettre plus bas que terre. Au lieu de cela, il regarde la réalité du moment : ses frères souffrent de la famine et il lui appartient donc de leur venir en aide ; ils avaient fait le mal, il lui fallait donc leur montrer le droit chemin. Belle leçon de vie ! Qu’aurais-je fait à sa place ?

Le passage du Nouveau Testament qui vous marque le plus ?

Les Noces de Cana m’ont toujours interpellé : alors que Jésus « envoie promener » sa mère qui lui demande d’intervenir pour fournir du vin, celle-ci, au lieu de rester dans son coin, dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira ». C’est comme si Marie disait à son Fils : « Jésus, moi ta mère, je te dis que ton heure est venue ». Et Jésus s’exécute : « Remplissez d’eau ces jarres ! » Quel cœur à cœur entre Marie et son Fils !

« Une raison d’espérer de nos jours ? Savoir que Satan est déjà vaincu et que Dieu veille sur ses enfants et ne les abandonne jamais. »

Votre prière préférée ?

Celle que je récite quotidiennement avec ma femme : « Je vous choisis aujourd’hui, ô Marie, en présence de toute la cour céleste… » Cette prière de consécration de saint Louis-Marie Grignion de Montfort est un magnifique acte d’abandon dans les bras de Marie.

Une raison de désespérer de nos jours ?

Il n’y a aucune raison de désespérer aujourd’hui quand on voit toutes les périodes difficiles qu’a traversées notre histoire.

Une raison d’espérer de nos jours ?

Savoir que Satan est déjà vaincu et que Dieu veille sur ses enfants et ne les abandonne jamais.

Une fierté personnelle ?

Ma plus grande fierté est d’avoir construit une famille nombreuse, chrétienne, solide et engagée. J’ai évidemment connu des échecs dans ma vie à chaque fois que j’ai succombé au péché ou que je n’ai pas eu le courage de prendre la décision qui s’imposait.

Pour vous, que signifie réussir sa vie ?

C’est sans  doute, comme le dit saint Paul, avoir « mené le bon combat jusqu’au bout » et à l’aune de la parabole des talents (Mt 25) : ai-je mis en œuvre tout ce que j’ai reçu ou me suis-je laissé aller tranquillement dans mon coin ?

La plus grande qualité d’un homme ?

Sans doute l’humilité. C’est aussi celle la plus difficile à acquérir et à garder.

La plus grande qualité d’une femme ?

Accepter et développer sa féminité qui est une vraie richesse.

Ce qui vous manque le plus ?

Le temps ! Il passe très vite et parfois j’aimerais pouvoir refaire mieux des choses que je n’ai pas bien faites. Mais la vie est devant !

A la fin de votre vie, s’il y a une chose de vous à retenir, que voudriez-vous que cela soit ?

J’aimerais que mes enfants et petits-enfants se disent, en parlant de mon épouse et moi : « Comme ils s’aimaient tous les deux ! »

Propos recueillis par Joseph Vallançon

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Joseph Vallançon
Journaliste depuis une dizaine d'années, Joseph Vallançon est l'animateur et le directeur de LOUIS qu'il a lancé en pensant à tous ses pairs, pères ou pas pères, et pas toujours pépères face au tsunami de la déconstruction anthropologique. Le but ? Former et informer en donnant toujours des repères. Plus d'infos dans la rubrique "A propos".

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